Le Chien de garde

Les Québécois et le débat public : quelle voie choisissons-nous ? Réflexion sur un sujet qui ne dépend pas de l’actualité.

Posted in Culture et identité, Politique québécoise, Société by Le Chien de garde du Québec on juin 19, 2009

Logo Chien de garde du QuébecDepuis son entrée dans la modernité, le Québec a connu une évolution impressionnante, particulièrement en ce qui a trait à sa société civile. En l’espace de moins d’un siècle, il est passé d’un statut relativement traditionaliste à celui d’une nation ouverte sur le monde, plutôt progressiste et attaché aux valeurs du nationalisme civique et de liberté individuelle. Ailleurs en Occident, rarement a-t-on pu constater un changement aussi rapide et harmonieux.

Cette ouverture a eu comme conséquence majeure le changement de l’implication du citoyen. Mieux informé, en mesure de prendre des décisions éclairées et armées des principes qu’on a énumérés, il a finalement acquis ce qui lui faisait défaut à une autre époque pour participer à la discussion publique. Du moins en principe. Autrefois, le débat était orienté par des autorités dont le discours n’était que rarement ou difficilement remis en question, mais néanmoins courageusement défié par des gens aux convictions inébranlables. Ainsi a germé la démocratie. Mais l’ampleur de ce changement n’a probablement pas suffi à effacer toute trace d’un passé trouble. En dépit de nos avancées, de vieux réflexes n’ont pas cédé. Un fort sens du communautarisme persiste et comporte son lot de conséquences. En effet, les différents groupes d’intérêt qui composent notre grande famille nationale sont devenus des empêcheurs de tourner en rond ou des protecteurs de chasses-gardées aux intérêts très ciblés. C’est devenu une façon de s’assurer que rien ne change pour le mieux : miser sur la cohésion du groupe et son mode de vivre ensemble pour tuer le débat. Vous avez bien lu, on veut tuer le débat.

Le temps est venu d’une vaste réflexion sur ce sujet, car la paralysie ne fera que rendre notre société moins attrayante. Au premier chef, on doit repenser notre façon de débattre et de prendre des décisions.

On doit maintenant s’expliquer et pour ce faire, on examinera des cas particuliers de « grands débats » et les conséquences qu’ils ont eues. Prenons comme premier exemple le débat lucide-solidaire, qui est mort-né et n’a pas fait progresser le Québec d’un iota. Cet épisode a permis de montrer au grand jour à quel point on était prisonniers des idéologues. Quel était l’intérêt des acteurs en place de débattre du bien commun, sinon de réaffirmer l’hostilité d’un camp face à l’autre ? Les questions qui ont été posées par les uns ont été anéanties par les efforts des autres et en conséquence, rien n’a été résolu. Le modus vivendi, c’est-à-dire la façon de prendre nos décisions au jour le jour, est resté le même… malgré l’urgence de la revoir. C’est quand même décevant! D’habitude, un débat sert justement à trouver des solutions. À quoi bon débattre alors, si ce n’est que pour revenir à la case départ ?

La même réflexion peut s’appliquer jusqu’à un certain point au fameux débat sur les pratiques interculturelles, conduit par la commission Bouchard-Taylor. S’il est vrai que tous ont eu l’occasion de s’exprimer sur un enjeu de première importance, on ne peut pas non plus dire que les résultats ont été intéressants et impressionnants. Encore une fois, les discours se sont opposés sans finalement trouver de point d’entente pour construire sur une nouvelle base nos relations citoyennes. L’ex-majorité silencieuse est redevenue tout aussi silencieuse et les immigrants et membres de certains groupes ethniques ont toujours autant de difficultés avec l’emploi et l’intégration (à ce sujet, voir les taux de chômage qui les affectent au cas par cas). Les relations ne sont pas meilleures qu’elles ne l’étaient en 2006, à la veille de ce qu’on a appelé à tort la « crise des accommodements raisonnables », une extension malheureuse d’un principe juridique qu’on a étiré jusqu’à lui faire perdre son sens… par pur opportunisme.

La difficulté qu’on a identifiée va beaucoup plus loin que ça ! Officiellement, nous sommes un des rares endroits au monde où construire un hôpital cause une saga… Attention, nous devrons bientôt refaire deux échangeurs ! Les décideurs sont absents, les griefs sont nombreux et les intérêts corporatistes ont trouvé une niche. Pourquoi ça ? Parce que tout le Québec, dans sa grande phase de train-train, a abdiqué ses responsabilités.

Les Québécois doivent plus que jamais s’interroger sur l’efficacité de leurs débats, sinon ils seront condamnés à subir les événements. Ça passe par un changement d’objectif : débattre pour devenir meilleur. Pas pour emporter l’adhésion du groupe et serrer les rangs. Nous valons plus que ça. N’ayons pas peur de transcender. Lorsque le changement s’impose, il ne doit pas céder devant les intérêts des divers groupes : tous devraient constater un ensemble de faits semblables et proposer diverses solutions pour finalement opter pour la meilleure. À défaut, l’exercice de débat est un leurre et la liberté d’expression, un véhicule qui n’avance pas.

 On ne peut changer une culture ou une société du tout au tout, mais une culture doit pouvoir s’adapter aux épisodes qui la façonnent. Il est encore temps. La balle est dans notre camp. À moins qu’on préfère se consoler en regardant les moins bons faire moins bien…

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